Aperçu historique, préparé par Nikolaï Totmianine

Eiger. Quatre routes sur la paroi. L'Eiger est un sommet d'altitude relativement modeste (3970m) des Alpes Bernoises. Pourtant, il est l'un des plus connus du monde. Pendant longtemps on a cru sa face Nord absolutement inaccessible et cette dernière était même surnommée "La Paroi de la Mort" à cause des événements tragiques qui s'y sont produits. 100 mètres en dessous du sommet, elle est presque verticale sur une hauteur de 1800m.

Les alpinistes de Munich Max Seidlmayer et Karl Meringer ont entrepris la première tentative sérieuse d'ascension en 1935. Ils ont commencé l'ascension le 21 août et, trois jours plus tard, ils ont été surpris par le mauvais temps. On a repéré leurs corps à l'aide d'un l'avion trois semaines plus tard.

Le 18 juillet 1936, un nouvel assaut est entrepris par Hinterstoisser et Kurz (de Berhtesgaden) et par Reiner et Angerer (d'Innsbruk). Encore une catastrophe: Reiner est mort de froid, Hinterstoisser s'est blessé à mort en tombant, Angerer a été étranglé par une corde pendant la descente en rappel, Kurz, le seul qui était encore vivant quand le groupe de sauvetage est arrivée, est mort dans leurs mains à cause de l'épuisement.

Pourtant, l'année suivante deux nouveaux groupes ont tenté ce sommet. La première cordée, deux Italiens, ont été sauvés à toute extrémité, alors qu'ils étaient épuisés. La deuxième cordée, celle de Salzburg, a été moins chanceuse: l'un est mort de l'épuisement et du froid, l'autre a été sauvé, mais il a eu les pieds gelés. La paroi a acquis une sinistre réputation. L'assossiation locale des guides de montagne a même declaré qu'elle n'assurerait plus le sauvetage des fous qui s'attaqueraient à cette ascension mortelle. Mais rien ne peut arrêter l'homme dans quête vers l'inconnu.

En 1938, deux alpinistes italiens ont péri dans la partie supérieure du 3ème champ de glace qui maintenant porte le nom du "Bivouac de la Mort". Mais la même année, deux Allemands (Heckmeier et Vörg) et deux Autrichiens (Casparek et Harrer) ont réussi le 24 juillet 1938: durant 4 journée ils ont gravi cette voie, la voie mortelle, mais... la plus simple dans cette paroi (la ligne rouge sur la photo).

La première escalade hivernale de cette voie classique a été effectuée au mois de mars 1961.

Du 23 février au 25 mars 1966 c'était pour la première fois qu'une nouvelle route a été gravi dans des conditions hivernales, c'était la "voie John Harlin" ou "directe hivernale" (la ligne jaune sur la photo). Une coalition de deux équipes (une allemande et une anglo-américaine) se composait de 13 personnes. Ils ont réalisé son ascention dans le style "expédition lourde" en installant des camps et les cordes fixes sur tout le long de la voie et en redescendant de temps en temps pour se reposer dans le village Kleine Scheidegg. Cinq alpinistes ont atteint le sommet en payant cher cette réussite: le chef d'expédition John Harlin est mort à cause de la rupture d'une corde fixe. Il y a eu une grande polémique à propos du style de cette expédition.

Cependant la deuxième ascension de la voie Harlin a été réalisée en 1970 par les Japonais, dans le même style. L'équipe de sept alpinistes a mis presque trois mois pour l'assaut, du 24.12.69 au 21.03.70. Ils ont utilisé 2355m de cordes fixées. Certains membres de l'équipe ont passé 26 jours sur la montagne sans redescendre.

L'histoire tragique et douloureuse de la conquête de la paroi Nord de l'Eiger s'explique d'une part par ses caractéristiques morphologiques (une pente moyenne à 70 degrés, sur un dénivelée de 1800 m, ce qui est unique pour des montagnes de cette altitude), et d'autre part par de mauvaises conditions météorologiques dans cette région. La paroi est toujours à l'ombre et reste froide même en été car elle est concave et orientée au Nord. En hiver, elle ne voit pratiquement pas le soleil. Cette paroi légendaire attire toujours les alpinistes du monde entier. A l'heure actuelle, plus de dix itinéraires ont été gravis dans cette face, dont quatre passent par le centre de la paroi et finissent au sommet ou à proximité. En Suisse, la difficulté des voies sont évaluées sur une échelle composée de sept degrés; les quatre voies mentionnés plus haut sont du 6éme degré. En Allemagne, leur cotation est AS (ausserst schwierig). La voie John Harlin semble la plus logique et la plus belle. Elle ne peut être tentée en été à cause des chutes de pierres; en hiver c'est une course mixte très interessante qui correspond à une cotation AS+ (ou bien à 6A selon la classification pratiquée en Russie).

D'après nos informations, personne n'a escaladé cette voie durant les quatre dernières années.

Des remarques complémentaires
(S. Kalmykov)

1. En répondant à mes questiones (octobre 1997), Jean Claude Marmier, Président du Groupe des Hautes Montagnes (Chamonix), écrivait:
"...Je connais très bien la voie John Harlin car je l'ai gravie en 1978 (février) avec sortie directe par la Mouche. A l'époque il nous a fallu dix huit jours dans la paroi pour en venir à bout. Pas mal: de mauvais temps nous avons été bloqués d'abord au deuxième mur (près de la station Eigerwand) puis au bivouac de la Mort).
En fait il y a eu très peu d'ascensions de la voie dans son intégralité. L'ascension la plus marquante a été celle à l'automne 78 de l'américain Tobin Sorenson en quatre jours. C'était un extraordinaire grimpeur solitaire, pasteur évangéliste! Il a réalisé beaucoup d'ascensions exceptionnelles au Dru et aux Grandes Jorasses. Il est mort voici quelques années, toujours en solo dans les Rocky Mountains..."

2. La seule "voie russe" sur la paroi a été gravi par l'équipe de la ville de Magnitogorsk au mois d'août 1994. Ils ont escaladé une directe loin à droite du centre de la paroi avec une sortie par l'épaule de l'arête Nord-Ouest (par où passe la voie normale de descente). La seconde ascension russe est la nôtre, et la troisième a été effectuée par Valery Babanov et Mikhaïl Yarine (en août 1997) par la voie normale.

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